Le père aussi accouche de son enfant
Bien difficile d’être père aujourd’hui. Les certitudes s’envolent quand on pense au rôle du père dans la famille post-moderne. L’évolution rapide de la famille questionne profondément les rôles de chacun des parents et encore plus celui du père. Avec l’avènement des nouvelles technologies et de l’évolution sociale, la nécessité du père se réduit presque à celui de son sperme et, prochainement, ce dernier ne sera même plus nécessaire. Seul le matériel génétique d’une cellule de la mère suffira (clonage).
Un instant ! Certains diront que les choses ne sont pas aussi simples. La procréation d’un enfant est une chose, mais son éducation en est un autre. Mais encore là, la définition d’une famille autour d’une mère qui est une femme et d’un père qui est un homme n’existe plus ou est sur le point de ne plus l’être au plan légal (le mariage civil entre homosexuel). Avec cette évolution rapide de la famille, le père devient interchangeable. Une femme homosexuelle, un nouveau conjoint, un homme homosexuel, une institution, etc., peuvent jouer indistinctement le rôle de père au même titre que le père biologique. Au plan légal, on les nomme pères psychologiques. Pour leur part, les psychanalystes nomment le rôle du père élément tiers cette appellation étant intéressante dans le sens qu’elle appuie sur la dynamique du rôle du père qui veut que ce dernier soit considéré comme une personne étrangère jouant un rôle essentiel dans l’évolution de la relation fusionnelle entre la mère et l’enfant. Ce qui signifie qu’il doit agir de sorte à couper convenablement le cordon entre la mère et l’enfant.
Eh oui au départ, il y a une mère qui donne naissance à un enfant. Tout est beau dans cet univers de plaisir et de complétude parfaite. L’enfant reçoit les soins qu’il réclame et la mère se sent entièrement bonne. Elle joue son rôle sans compromis. La mère est toute pour son enfant et celle-ci est le centre de l’univers de l’enfant. Si rien n’intervient entre eux, cette unité demeure avec la conséquence que l’enfant demeure prisonnier dans ce mode de satisfaction immédiat (despotique) et la mère est vampirisée par son enfant. L’enfant n’évolue pas et la mère reste esclave des soins à donner à son enfant.
C’est ici que la présence active du père devient salutaire et nécessaire à la survie de la dyade mère-enfant. Il devient précisément un élément tiers qui force le système fusionnel à s’ouvrir sur le monde extérieur. Véritable deuxième naissance de l’enfant. Le père devient à la fois un sauveur qui libère l’enfant et la mère d’une dynamique qui conduit à la mort si elle perdure, mais il est aussi celui qui brise l’harmonie parfaite entre ces derniers. Ce double rôle n’est pas sans conséquence.
Si le père intervient avec sensibilité et amour, la mère vit cette dernière comme salutaire. Elle redevient une femme sexuée pour son conjoint tout en demeurant une mère généreuse à son enfant. Elle contribue à ouvrir son enfant sur le monde extérieur en favorisant notamment la mise en place de la relation père-enfant.
Mais si le père intervient en tentant de ravir le rôle de la mère en se comportant comme une mère, s’il manque d’empathie envers les besoins de son enfant en réclamant que la mère s’occupe de ses propres besoins aux dépens de ceux de l’enfant, cette dernière se braquera et fera obstruction à l’établissement de la relation père-enfant préoccupée par la survie de son enfant menacé par l’agir du père.
Pas facile pour le père d’être l’empêcheur de tourner en rond de l’harmonie parfaite fusionnelle mère-enfant. Il doit posséder du tact, de la sensibilité et surtout une capacité de s’en tenir à un rôle de soutien de la mère et non à celui de prendre l’avant plan.
Au niveau des soins quotidiens à donner à l’enfant, il n’y a pas de différence si ce n’est qu’un homme n’est pas une femme au niveau de ses gestes et sa façon d’établir sa relation avec son enfant. La mère établit un rapport plus intime par la parole et le père est plus actif. Il bouge plus, fait plus de jeux. Mais la différence entre les parents réside surtout dans leurs visions du monde, leurs valeurs, leurs comportements, leurs corps, leurs senteurs. L’enfant a un besoin vital de ces différences afin de devenir une personne autre que ses premiers modèles que sont ses parents. Le père doit imposer sa différence à la relation fusionnelle mère-enfant, cette terrible différence qui fait tant peur à tous. Pourtant, elle est porteuse de vie, de questionnement et de créativité.
Ne faut-il pas comme membre d’une même famille, faire constamment un effort pour se reconnaître dans des plaisirs communs, pour vivre des moments heureux de complicité et de soutien, mais aussi pour se protéger et favoriser les qualités propres de chacun. Seul ce travail constant de la défense de la différence, permet aux membres de la famille de se rappeler des souvenirs familiaux, véritables témoins de toute la richesse de l’accomplissement en propre de chacun dans leur vie.
Voilà ce que permet l’effort premier du rôle du père au début de la vie de son enfant. Il lui donne véritablement une deuxième vie, une vie psychique, cette fois-ci, fondée sur la différence. Cet effort concerté du père avec la mère devant se poursuivre sans relâche dans la mise en place d’une discipline d’éducation balisant les différentes étapes du développement de leur enfant.
Richard Langevin, psychologue



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